La récolte des nids d’hirondelles

Les nids d’hirondelles font l’objet d’une chasse effrénée en Chine et en Asie du Sud-Est depuis l’ancienne dynastie chinoise Tang (618-907). Selon les croyances, ce met délicat extrêmement coûteux possèderait de nombreuses vertus pour la santé et permettrait de ralentir le vieillissement, faire tomber la fièvre, fluidifier le sang, ou encore combattre toutes sortes d'affections. L’archipel de Phi Phi Lee dans le sud de la Thaïlande constitue l’un des sites naturels de production les plus connus de la planète. Durant les période de récolte, les « gitans de la mer » (les Monken) bravent chaque jour la mort en escaladant les parois rocheuses pour collecter des nids à flanc de falaise.

Des nids à prix d’or

Les nids d’hirondelles (swallons nest en anglais) sont en réalité produits par quelques espèces et sous-espèces de martinets à longue queue Salangane d’Asie du Sud-Est. Les mâles secrètent un mucus mucilagineux comestible avec lequel ils tissent patiemment leur nid durant une quarantaine de jours. Une fois sec, ce précieux mucus devient aussi solide que du ciment.
Il existe deux sortes de nids : les nids blancs entièrement composés de mucus comestible et les nids noirs fait d’un mélange de mucus et de plumes, qui ne sont que partiellement comestibles. Plus le nid est blanc et translucide, plus il possède de la valeur. Une seule espèce de martinet produit ce type de nid dont le prix au kilo atteint plusieurs milliers de dollars. Très difficiles d’accès, les nids se trouvent généralement à plusieurs dizaines de mètres de hauteur accrochés sur les parois de profondes grottes souvent plongées dans l’obscurité la plus totale.

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L’archipel de Phi Phi Lee et les côtes de la mer d’Andaman en Thaïlande sont réputés pour abriter de nombreux sites de production naturels de nids blancs. Appelés les dénicheurs, les hommes qui ramassent ces nids en Thaïlande sont traditionnellement issues de la population des « nomades des mers », les Moken. Pieds et mains nus, les hommes grimpent parfois jusqu’à plus de cent mètres de haut à l’aide de frêles installations de bambous accrochées aux parois ! Dans la chaleur torride des grottes, ils récoltent les précieux nids avec une perche munie d’un crochet en métal, puis entament la périlleuse descente. Depuis quelques années seulement, ils renforcent leur sécurité en utilisant des baudriers et des cordages qu’ils accrochent aux bambous, mais beaucoup y laisseraient encore leur vie…

Très difficiles d’accès, les nids s'accrochent aux parois de grottes plongées dans l’obscurité.
Très difficiles d’accès, les nids s'accrochent aux parois de grottes plongées dans l’obscurité.

Les grottes de Phi Phi Lee

L’un des sites de production les plus connus se trouvent sur l’île de Phi Phi Lee. On peut apercevoir des échafaudages de bambou accrochés aux immenses grottes calcaires des falaises près de la fabuleuse baie de Maya.
Il existe de nombreux autres sites disséminés un peu partout dans l’archipel où l’on peut voir des installations de bambou, mais il n’est en principe pas possible d’approcher des sites lorsque les ramasseurs sont sur place. En raison de la valeur des nids d’hirondelles, cette activité suscite de nombreuses convoitises. Sous haute surveillance, les sites de production et les ramasseurs sont gardés en permanence par des convoyeurs armés chargés de repousser les curieux et protéger les récoltes qui valent leur pesant d'or.

La région de Krabi en Thaïlande est réputée pour abriter de nombreux nids.
La région de Krabi en Thaïlande est réputée pour abriter de nombreux nids.

Le comble du luxe

Jadis réservé aux empereurs et aux mandarins chinois, les nids d’hirondelles figurent aujourd’hui à la carte de la plupart des grands restaurants gastronomiques chinois. Avant d’être cuisinés, les nids sont trempés plusieurs heures dans l’eau tiède puis nettoyés et purifiés. Ils sont ensuite cuits durant plusieurs heures dans de l’eau bouillante jusqu’à ce qu’ils se délitent en milliers de fibres blanches. Celles-ci sont ensuite utilisées principalement pour faire des soupes, de la compote, ou accompagner des plats. Le plus surprenant, c’est que tout le monde s’accorde à dire que le nid d’hirondelle n’a aucun goût, ni bon, ni mauvais ! Ils seraient tout juste bon à fixer les arômes…

© photo principale : Jérôme Cartegini © photos article : OT Thaïlande, Jérôme Cartegini