Les combats de coq

J'ai profité d'une virée aux confins de l'Isan, dans la province de Surin, pour découvrir la passion éprouvée par les Thaïlandais pour les combats de coqs. Récit d'une journée au milieu des coqs de combat et de leurs propriétaires.

Une passion nationale

À entendre parler les aficionados des coqs voués au combat, on comprend rapidement que le combat de coq fait l'objet d'une passion dévorante.

Lignée, reproduction, préparation, entraînement, possibilité d'envoyer des œufs fécondés jusqu'en Europe… tous les sujets sont abordés avec chaleur. Certains Thaïlandais présents me montrent aussi fièrement des photos issues de magazines spécialisés où ils ont l'honneur de poser avec des champions hors catégories cotant des millions de baths...

 

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Les préparatifs d'un combat de coq

Nous partons avec deux coqs mais aussi tout le matériel qui va avec, car ne croyez pas que l'on prend son coq sous le bras comme on emmènerait un vulgaire poulet se promener (d'ailleurs, je ne sais pas si l'on emmène vraiment des poulets se promener).

Il faut les choyer, ne pas trop les bousculer pendant le transport, ne pas oublier tout ce qui va servir pour le combat : rajouts de plumes, eau propre pour le massage, petit matériel de chirurgie… et toutes sortes d'objets dont j'ignore le nom et l'usage !

Dans l'arène

Le combat de coq auquel je suis convié se déroule à Prasat, à une petite dizaine de kilomètres de notre lieu de villégiature. L'arène de combat – un appentis plutôt brinquebalant – est édifiée près d'une imposante maison en bois de teck, qui s’avèrera appartenir… à un policier, celui-là même qui veillera au bon déroulement des affrontements !

Sous l'appentis, des hamacs et des tables-sièges faites de bambous ont été disposées à l'intention du public et du staff. Derrière le ring, un petit restaurant propose soupes et petits en-cas confectionnés par la femme du flic. De l'autre côté de la rue, juste en face du stadium, une échoppe tenue par un sino-thaï (peut-être le frère du flic, sûrement de la famille) vend de quoi abreuver les spectateurs qui se seront égosillés à encourager leurs favoris !

L'arène de Prasat est un rendez-vous habituel des samedis matins : c'est ici que l'on vient tester ses coqs. Les paris engagés par les propriétaires sur leur « poulain » doivent rester raisonnables – 300 à 1 000 baths semblent être la norme – et le nombre de rounds ne doit pas dépasser trois.

Lors des grands combats les coqs peuvent se battre sur dix, voire vingt rounds de vingt minutes et les sommes engagées par les propriétaires se comptent en centaines de milliers de baths...

 

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Les paris

Tout est maintenant en place et on commence à discuter sec. Les coqs, bien au milieu de tous, chantent à tour de rôle, et les propriétaires se lèvent par instant, jaugent les coqs des futurs adversaires, se renseignent sur l'âge et le poids des coqs qui affronteront leur champion. Négociations et exagérations vont bon train, mais c'est de bonne guerre.

Forcément, notre venue – des farangs et leurs coqs de race birmane – éveille l'intérêt de tous. Après deux heures de palabres, plusieurs combats sont arrangés. Le premier combat oppose notre coq birman à un coq thaï. Le pari est de 1 000 baths pour deux rounds de vingt minutes. L'organisateur encaisse 1 100 baths : quel que soit le résultat, il gardera 100 baths.

Le déroulement d'un combat de coq

Les deux coqs sont pris en charge par leur soigneur, désigné par leur propriétaire respectif. Massage, humidification du plumage, rajout de plumes sur les ailes, gavage léger de sucres lents, eau, vitamines, bichonnages… on se croirait presque à un match de boxe d'un championnat du monde WBA !

Premier round

Tout le monde rejoint le ring. Au début l'ambiance est plutôt calme mais au premier coup de bec, les cris jaillissent de toute part, encourageant ou dénigrant l'un des deux coqs.

Un autre gars ami de l'organisateur (un autre flic sûrement) tient un carnet dans lequel il consigne tout les paris conclus entre deux spectateurs.

Les coqs s'observent, haletant pour récupérer entre chaque attaque, puis le coup de gong, qui est ici un gros bambou évidé sur lequel on tape à l'aide d'une verge sèche, marque la fin du premier round.

Les deux coqs repartent sous le bras de leur préparateur respectif, chacun dans leur camp. Alors commence massage et nettoyage intensif, gavage, petite chirurgie si nécessaire, surtout celle des paupières, que le bec acéré de chaque coq vient taper régulièrement. Vingt minutes de pause avant le second round, c'est court, pendant ce temps, un autre combat s'engage et ce sera ainsi de suite jusqu'au dernier engagement !

Second round

Le second round s'achève sur un match nul... Pour qu'un coq soit déclaré perdant, il doit, soit s'échapper du ring de peur de l'autre, soit mourir, ce cas extrême étant assez rare à ce qu'il paraît. Il est temps de rentrer bichonner les combattants et de les mettre au repos bien mérité !

Paille Kheundheu...

("À bientôt" en lao)

Retrouvez Jeff sur son blog Jeff de Pangkhan, l'homme des rizières