Surréalisme au parc Sala Keoku

De gigantesques sculptures bouddhistes et hindouistes, des déesses, des naga, des squelettes enlacés, des monstres, voici certaines des œuvres hypnotiques que l’on peut découvrir dans le jardin Sala Keoku. Cet endroit inclassable a été créé de toutes pièces par le gourou-artiste laotien Bunleua Sulilat.

L'artiste Bunleua Sulilat

De Bunleua Sulilat (1932-1996), on sait au fond peu de choses, si ce n'est que l'homme est riche et charismatique, et que sa rencontre avec l'ermite Keoku est déterminante dans sa vie. Keoku l’initie aux mystères du panthéon hindo-bouddhique, un thème qui le fascine au point de vouloir créer son propre jardin de sculptures bouddhistes et hindouistes alors qu’il n’a aucune compétence artistique particulière.
En 1958, naît le premier de ces jardins, le parc Buddha, édifié dans un vaste jardin de Vientiane, au bord du Mékong (Laos). Captivées par la personnalité de Bunleua Sulilat, des centaines d’amateurs l’aident à accomplir sa mission divine. Grâce à l’utilisation de matériaux modernes bon marché (briques, ferraille, béton renforcé…), il crée des sculptures monumentales dont certaines, hautes de plus de 20 m. Après vingt ans de labeur, il est expulsé du Laos en 1975 par les communistes.
Pas découragé, il acquiert un terrain à la périphérie de la ville Nong Kai, dans la province thaïlandaise de l'Isan, et entreprend la construction d’un nouveau jardin, le parc Sala Keoku. Il y travaille jusqu’à sa mort. Sa dépouille momifiée se trouve à présent au premier étage du grand bâtiment blanc à l'entrée du parc Sala Keoku. L'accès à cet étage n'est pas autorisé, mais on peut voir des photos de l’artiste et des objets qui lui appartenaient.

Statue de Sheshanaga, créature du panthéon hindouiste
Statue de Sheshanaga, créature du panthéon hindouiste

Inspirations hallucinées

Entre art religieux, art brut, et art naïf, l’œuvre de Bunleua reste inclassable. Outre les sculptures religieuses de Bouddha, Vishnou ou de Shiva auréolées d'un serpent ou d’un cobra à sept têtes, on découvre également celles de simples humains, de mafieux, de policiers, de couples d’amoureux, de vieillards, ou de squelettes enlacés sur un banc. Que dire de l’éléphant géant pourchassé par une meute de chiens démoniaques en décapotables, vespa ou avec des lunettes d’aviateur !

L'univers onirique du Sala Keoku, dans le nord-est de la Thaîlande
L'univers onirique du Sala Keoku, dans le nord-est de la Thaîlande

À certains endroits, des statues beaucoup plus traditionnelles de Bouddha ou de divinités hindoues nous donneraient presque l’impression d’être dans un vieux temple hindo-bouddhiste. Un mélange des genres qui peut faire sourire, mais in fine, l’artiste réussit bien à nous faire voyager dans son drôle de monde imaginaire. Certains y voient une inspiration des peintures hallucinées de Jérôme Bosch, d’autres celle d’un gourou visionnaire, ou tout simplement d’un fou. Quoi qu’il en soit, la visite ne laisse personne indifférent et donne même matière à réflexions…

Se rendre au Sala Keoku

Le Sala Keoku Park se trouve à 3 km à l’est de Nong Kai sur la route de Phon Phisaï
Ouvert tous les jours de 7 à 18 heures.
Tarif : 10 bahts, soit 0.25 euros environ, en septembre 2015.

© photo principale : Jérôme Cartegini © photos article : Jérôme Cartegini